Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /2009 00:00

Tu es nombreux à ne pas avoir tout compris les derniers épisodes de lautrinfo. Pour te remettre définitivement dans le mouv'de l'info molle, je te publie aujourd'hui un papier rewrité sur le pourquoi du comment de la naissance de ce blog. Je te vois venir. Tu vas me dire, Lolo, tu fais comme à la télé, tu profites des congés payés pour tomber dans le facilisme de la redif'. C'est un peu vrai mais pas complètement.

Si je te propose ce papier grille d'été, c'est, dabord pour ce que je viens de t'expliquer. Ensuite parce que je pars en villégiature chez mon ami Jim Harrison dans le Michigan. Grand amateur de vins fins français (3 Côte Rotie/ jour), mon vieux poto - rencontré à Paris il y a 4-5 ans lors d'une soirée branchouillo-snobininissime que nous avons fuie au grand galop sur un Cheval Blanc 1976 - mon auteur adoré-préféré est aussi un observateur éveillé de notre patrimone journalistique national.

Je lui apporte donc une bonne dizaine de kilos de notre presse diverse et avariée. J'ai même pris le Fig'Mag (excellente IITV de Spielberg), Le Courrier International (Dont l'avant dernier numéro gigantesque consacré au journalisme dans le monde), Citizen K en VF (papier jubilatoire sur les bourgeois), Les Inrocks (juste pour le CD), Le Plan B (à acheter d'urgence), Shoes Up (Une collector), France-Soir (Gros titres puantesque sur Dany le vert et lèche-talonettes sur Sarko), Libé (avec les éditos de Jauffrin), etc.

Tu vois chéri, je ne chômerai pas. D'autant que Big Jim  ne va pas ménager mon p'tit corps. Entre les balades interminables, avec ses chiens,  au bord de ses lacs préférés et les aller-retour living-cave que je me taperai inéluctablement, Je risque de rentrer mon kaz kapital la frans' ek gros' fatig dan band zamb' é coco.

Mais t'inquiète. je t'enverrai tout de même, de manière plus ou moins espacée, des commentaires sur notre PPTCF (Parti de la Presse Très Conne Française). Comme promis, tu finiras par avoir tes enquêtes sur France-Matin et Vosges-Soir. Je parlerai aussi de nos amis journaleux Belges car je fais un stop de 48 heures à Bruxelles.

En attendant, et c'est un ordre nord-coréen, lis le papier qui suit. Bonnes vacances pour ceux qui en ont les moyens.
 
Non, ceci n'est pas, et ne sera jamais jamais, un blog d'infos comme les autres. Ex-journaliste, incendiée volontaire d'une profession plus que jamais en panne sèche d'inspiration, ma mission est de la réveiller. En portant un regard critique sur les médias. Mais aussi et surtout en proposant une nouvelle façon d'aborder l'actu.


Le couloir des de la mort des idées ne hante pas
uniquement la presse quotidienne régional. Il s'est installé partout, hormis peut-être dans quelques radios.  Un exemple hautement révélateur de ce nouveau journalisme mou : "Libération".
Référence absolu de la presse écrite fin des années 80 - début des années 90, le quotidien dirigé par Joffrin n'est plus que l'ombre imaginative de lui-même. On ne lit plus Libé avec gourmandise, on le survole du bout des doigts, animé d'un sentiment mélangé de frustration et de colère. L'info plate y règne sans partage. Pacadis and co se retournent chaque matin dans leur tombe à la sortie des rotos.

L'OL de la presse

D'accord, la feuille de la rue Béranger reste moins pire que ces petits frères. Ce n'est pas une excuse. Surtout pas. Au royaume des sourds, les sonotisés sont rois. Un peu comme en foot. Tandis qu'Aulas s'évertue, avec  arrogance, à nous faire croire le contraire, notre Ligue 1 n'est qu'un clone aseptisé des championnats anglais, espagnol, italien, allemand et sud-américains.

Libé, c'est notre OL du journalisme. Une équipe superficielle surestimée, sans relief, ni fantaisie. Une équipe suivie par Figaro-Marseille, La Croix-Bordeaux, L'Huma-Lille, Le Parisien-PSG, Monanco-Le Monde. Bien triste compétition.

Sans oublier notre bonne vieille Ligue 2 : la PQR. Dirigée par des roitelets à l'ouverture d'esprit aussi affutée qu'un coupe-papier de brocante, elle s'enlise, chaque jour davantage, dans l'uniformité et la stérilisation des idées. Il n'est pourtant pas très compliqué de faire de la bonne info de proximité. Encore faut-il le vouloir.

La concentration des principaux titres de province entre les mains de quelques nababs aussi conviviaux que des chefs de banque, est bien entendu l'une des raisons majeures de cet insupportable écueil journalistique. Mais ce n'est pas la seule. Anesthésiés par la frilosité chronique de leurs red'chefs et la hantise de perdre leur job, les journalistes provinciaux, tout comme leurs confrères parisiens, s'inscrivent dans une logique permanente de service minimum de la presse. Ca carbure dure à l'auto-censure et, dommage collatéral, à la paresse investigatrice.

Alain B. réchauffé


Dommage. Mille fois dommage. Car beaucoup d'entre eux sont de vrais-bons journaleux. Seulement, face à des patrons qui ont délibérément opté pour la mort à l'amour du risque, ils sont camisolés dans un triste petit confort de cadre moyen du clavier.
Un exemple plus très récent mais hautement révélateur. En bon fan qui se respecte j'appelle, à l'occasion de la mort de Bashung, un pote qui sévit dans un quotidien de l'ouest qui ne paraît pas le dimanche. je lui demande : "Vous titrez quoi demain (lundi) sur Alain B"? Connaissant ma fibre journalistique et mon total respect pour l'artiste aux tiags, il me répond détaché-dépité : "Pas de titre en Une. Le red chef estime que c'est du réchauffé". "Osez" chantait pourtant le poète.
Regardant le même jour, le journal Benoit16 de 20 heures sur France 2, j'informe mon pote par sms que le prompteur-man a ouvert sa grand messe par un sujet de presque 10 minutes sur le chanteur. Il me répond,avec un sens du recul intacte, "vive le service public". Pendant qu'il existe encore. On y reviendra plus tard (sur le service public et sur le journal en question).

Alors comment ? Comment s'informer dignement, sans s'emmerder, en retrouvant le plaisir de lire ou d'entendre ? Pas simple. On écarte d'emblée Les Charlie Hebdo et Canard enchaîné dont on connait trop bien les copinages douteux. On se méfie définitivement des vrai-faux site tapageurs Rue 89 ou Bakchich.Et on ne lit définitivement plus les hebdos. Pas même Politis dont chaque lecture nécessite la prise d'un puissant antidépresseur.

Le Tigre and co


Donc je répète, Comment s'informer dignement ? On a de l'affection pour des titres alternatifs comme CQFD ou  Le Plan B. Mais pas pour La Décroissance. Son perpétuel je-suis-anti-tout so insidieuse façon de s'évertuer à tenter de modeler nos comportements de vie finit par nous gaver. On leur préfère, de très loi Le Tigre, Chronic'art (pas Technikart, une initiative pourtant courageuse à ses débuts), XIII, Brazil (pour le ciné exclusivement-malheureusement), FauxQ (pas GQ), Z, Standard, Causette. Seul bémol : leur périodicité. Beaucoup trop espacée.
Ces magazines ont les mêmes vertus cardinales journalistiques : informatifs, ouverts, élégants et surtout, terriblement bien écrits.
Alors, je le re-répète : comment s'informer dignement ? Paradoxalement, en se tournant du côté de la TSF à papa et de la petite lucarne. Des gens ou des émissions, chacun à leur manière, ont l'immense mérite de rendre notre temps de cerveau disponible à l'ouverture d'esprit, la déconne, l'échange, la réflexion, le ludique.

Bien qu'inégaux, Les Guignols font aujourd'hui figure d'OVNI médiatique dans la télé comme les autres qu'est devenu Canal (SOS Les Nuls, De Caunes-Garcia). Idem pour Tadéï, Canteloup, Guillon et quelques autres gens de France Inter pour laquelle on envisage probablement le pire (Cf Val).

Ruquier mine de rien
 
Si, coté animateurs, Karl Zéro justifie  pleinement son nom, tout comme Ardisson ou la bande molle branchouilleuse de midi à C+, Laurent Ruquier mérite qu'on s'intéresse à son cas. Ok ses équipiers ne tiennent carrément pas la route. En particulier le médiocre et surexposé tandem Zémour-Nolo (Désolé, connais pas l'orthographe de leurs noms.

Mais Ruquier. Mine de rien, sous ses airs de premier de la classe du chambrage, il assure le coco. Car, tout en invitant un peu trop souvent ses copains, il donne la parole à un maximum de monde issu d'un maximum d'horizons. Et ça chauffe parfois, assez sérieusement d'ailleurs. "On n'est pas couché" est probablement le dernier endroit du PAF ou les invités quittent le plateau en pleine émission (quasiment du jamais vu depuis le culte du culte "Droit de réponse"). Le tout enrobé sous l'oeil affolé-complice du Ruquier qui a le double mérite d'être à la fois documenté et alimenté en textes bien écrit.

Oui. Vous avez bien lu. C'est aujourd'hui, en radio ou en télévision, qu'on écrit encore le mieux. Tout est à refaire pour la presse papier. Alors, au boulot.


Laure Cazal
Par Laure Cazal
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  • : Bad girl du clavier, je me bats avec mes talons aiguilles pour que la presse française redevienne une presse lisible.

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