Dimanche 17 mai 2009
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Je suis une pisseuse de copie comme on n'en rencontre plus guère dans le métier. Tu es en effet nombreux, cher lecteur, à avoir manqué plusieurs épisodes de
Lautrinfo. Notamment le premier. Celui qui expliquait le pourquoi du comment. A savoir les raisons de la naissance de ce blog. Intitulé "l'info sonotisée", cet excellent papier, signé par celui avec lequel je partage le même verre à brosse à dents, dévoile les grandes lignes
de notre démarche : dénoncer le journalisme mou, en particulier en presse écrite, pratiqué aujourd'hui par 95 pour cent de nos consoeurs-confrères.
Donc, avant de poursuivre la lecture de cet article que je t'envoie depuis Antananarivo (C'est à Madagascar couillon), tu lis illico le texte de mon chéri (étant plongé en pleine phase de réflexion sur le sens à donner à sa vie, il n'en a pas pondu d'autres depuis).
OK ? C'est fait ? T'as lu ? T'as pigé ? Très bien. Ca m'a permis de me faire livrer par le room service (filet de zébu rossini et une bouteille de betsilao rouge, vin local étrange et euphorisant).
Lautrinfo, tu l'as compris, est un empêcheur d'écrire en rond. On dit du mal, beaucoup de mal, mais aussi, c'est plus rare, du bien, un peu de bien. Car il existe encore dans la froide France
molle des journaleux qui font bien leur boulot. Je ne te parle pas des mecs qui se la jouent Kessel du mulot dans la presse pseudo-intello-branchouille (Le
Monstre, Labération, les Inrocul-cul-ptibles, Charlie-Crado, etc). Mais bien de quelques plumes intègres et audacieuses qui en ont là où les hommes sont sensés en avoir dès la
naissance. Une paire de roubignolles.
Robert, la mère éléphant
Un type comme Denis Robert par exemple. Ex-Libé, ce Lorrain
d'origine dénonce, avec le courage et l'opiniatreté d'une mère éléphant protégeant sa progéniture dans
la savanne tanzanienne, les multiples magouilles de notre système politico-médiatico-économico-judiciaire. En gros, le p'tit Denis s'est mis tous les puissants de notre monde cupide à dos.
Courageux. Trop courageux. Traduit et condamné régulièrement devant les tribunaux de notre bonne vieille république, Robert est désormais criblé de dettes, menacé dans son
intégrité physique, seul sur terre et marginalisé par l'ensemble de notre triste profession.
Car dans notre métier, toutes les vérités ne sont pas bonnes à écrire. Même pratiquement aucune. Si Robert s'est incendié volontaire, aucun pompier de l'info n'a composé
le 18 pour lui venir en aide. Le pyromane au coeur brisé est devenu un indésirable que tout bon journaleux qui se respecte fuit comme un pestiféré. Un, parce qu'il leur fait de l'ombre en
accomplissant correctement son job. Deux, parce que tous ces écrivailleurs que tu entends et/ou voit en boucle dans le poste sont dans 99 pour cent des cas cul-et-chemise avec les grands
ordonnateurs de la corruption en col blanc. A commencer, évidemment, par nos pâles politicaillons.
Regarde l'affaire Val. Cet ancien chansonnier dirigeait un canard catalogué satirique par la profession. Et v'la t'y pas qu'aujourd'hui, ce libre penseur se retrouve
co-gouverneur de la première banque de France de l'info sonore. Pourquoi à ton avis ? Parce que c'est une nouvelle façon élyséenne de mieux embrouiller les pistes ? Pas
seulement. Surtout parce que Val, à force de fréquenter d'infréquentables fréquentations mondaines, s'est mis à leur garde-à-vous et a cédé à l'appel grisantissime du
grand audimat. Une réaction très humaine. Imagine. Tu es le boss d'un petit canard à tirage condidentiel et on t'accorde un jour où t'es convoqué chez le banquier un poste de ministre d'Etat
de l'info. Tu fais quoi à sa place ? Tu y vas bien sûr. Fini la carte de journaliste visa électron. Bienvenue dans le club premium de la désinformation lucrative. Et tout le pouvoir qui en
découle.
Denis Robert aurait-il accepté le job ? Très sincèrement, non. De toute façon, on ne lui aurait pas proposé. Trop intègre. Donc, trop dangereux.
Val, quoiqu'il en dise, est tout sauf un troubleur d'ordre des conventions. Il ne révolutionnera rien de rien à Radio France et rejoindra le clan des vrais-faux semeurs de
trouble que sont les inodores Barbier (L'Express-Modem), Zémour (Le Figaro-UMP), Joffrin (Libération-PS) et toutes celles et ceux qui sont encartés au
PPTC (Parti de la presse très conne).
Germonville, le dernier indien
Même combat dans la presse de province, pardon, la presse quotidienne régionale. Enlisé dans les sables mouvants du délabrement informatif, l'écrit de nos terroirs, n'en déplaise à l'indécrottable
Jean-Pierre Pastis 51 (TF1/13h), la presse de nos belles régions de notre douce France se porte mal. Si tu veux savoir pourquoi, retourne faire un tour sur le premier
papier du blog de mon chéri d'amour. Oui, je vais pas y passer la nuit non plus : j'ai fini mon betsilao avant même d'avoir attaqué le filet de zébu et je commence à piquer du nez. Les
reportages à Mada, c'est crevant. C'est pour ça que je prends toujours un bon hôtel. Je t'écrivais donc que la PQR va mal. Tout provincial normalement cérébralement constitué est le premier à le
reconnaître. Même le plus réac. Tu enlèves la météo, le programme télé, l'horoscope, les avis de décès, le journal, il met la clé sous les rotos. Un peu carricatural mais pas si éloigné de la
vérité.
Dans cette résidence surveillée de l'info et de ses couloirs de la mort des idées, il existe pourtant quelques journalistes qui, contre vents et marées conventionnels, font de la résistance
intègre. La plume d'or du genre revient à Jean-Paul Germonville. Encore plus pisseur de copie que moi, à croire qu'il a une infection urinaire chronique, notre homme bosse
depuis ses débuts à L'Est Républicain. Malgré tout le respect que j'ai pour ce quotidien à grand tirage de pompes, il aurait mérité mieux, mille fois mieux : c'est sans
doute l'un des meilleurs journaleux de la nation. Je ne dis pas ça parce que c'est un grand pote avec lequel j'ai fait un paquet de grosses conneries sympas. Je le dis parce que je le pense du plus
profond de mon âme agnostique. Copain comme cochon avec Choron (le prof), intervieweur bac+7 d'Alain B, chroniqueur iconoclaste sur le
Tour de France, encyclopédie littéraire et BDesque, ce type entier, trahi par la quasi-totalité de ses amis (un peu style Robert), sait écrire
sur tout avec cette élégance d'écriture et d'éveil dans l'angle qui n'appartiennent qu'aux grands.
Jalousé, voire catégoriquement détesté par ses collègues qui ne lui arrivent pas à la voûte plantaire, Germon, c'est son p'tit nom, survit sans broncher dans ce caisson
stérilisé de l'info tel un poisson chirurgien dans un lagon infesté de boudins chinois.Il poursuit ses combats, défend l'indéfendable et, crime de lèse majesté dans le
PPTC, propose des sujets passionnels, en avance sur leur temps, donnant inévitablement la part belle aux talents émergents. Alors tu comprendras que dans un univers où la
meilleure façon d'avoir une promo est de sucer la plume de son supérieur-écriveur (en gros de ne surtout pas émettre la moindre idée qui puisse bousculer l'ordre établi des choses), Germonville est
une espèce en voie de disparition à protéger d'extrême urgence.
J'ai quelques autres exemples sous le coude. Je vous en parlerai plus tard. Oui. Il y a des types bien dans le métier. Trop souvent étouffés par Big Brother. Mais qui existent, qui résistent. Dans
la France actuelle, on peut effectivement parler d'exception culturelle.
Laure Cazal
Par laure cazal
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