Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /2009 09:32

Arrête-toi tout de suite.  Avant de lire ce papier que je n’ai aucune envie d’écrire (je t’expliquerai pourquoi tout à l’heure), quitte mon site, tape « benchetrit ruquier » sur gougueul et mate la vidéo de l’échange voltigeur entre le réalisateur de « j’ai toujours rêvé d’être un gangster » et Eric Zemmour (on n’est pas couché/France 2/émission du 12-09-09). Vas-y (ou regarde les deux extraits suivants extrait 1, extrait 2).
On se retrouve dans six petites minutes.

 

C’est bon ? T’as vu ça ? Je te l’écrivais il y a quelques mois. Il n’y a plus guère que chez Ruquier, je l’apprécie sincèrement, que l’on peut assister à ce genre de récréation médiatique.  J’adore la façon dont le petit Sam met carrément minable le chroniqueur bonapartiste du Paf sans pub. Tout particulièrement lorsque l’écrivain-cinéaste invite le chiwawa réactionnaire à partir s’installer au Texas.
 

Benchetrit tip-top
 

Le propos, ferme et ironique, est accompagné d’une gestuelle aussi nonchalante qu’élégante. Sur le plateau, tout le monde se marre. Y compris Nolo. Normal. Ce soir-là, Benchetrit est beaucoup, beaucoup trop fort pour celui qui ne s’est toujours pas remis d’avoir loupé l’ENA à l’époque où il était déjà un jeune con.

Un bon moment de télévision, un précieux instantané, une victoire éclatante de l’intelligence d’esprit sur l’inanité intellectuelle. Bref, quelque chose de rare. Car c’est vrai. Zemmour a tout à fait le droit de penser que les banlieusards sont incultes ou de militer pour le rétablissement de la peine de mort.

Seulement, comme il est un média un à lui seul (ce que Benchetrit lui a rappelé avec insistance), le pigiste de Ruquier a le pouvoir absolu de contaminer le commun des mortels quotidiennement sans qu’on lui oppose la moindre résistance crédible. Print, radio, télé, web, édition, Zemmour est partout tout le temps. Et c’est franchement lourdingue.

Qu’il soit chez Ruquier, très bien. C’est, en terme de casting, un choix judicieux de la part de l’animateur-comédien. Zemmour aboie et mordille là et où on l’attend. Il est payé pour ça. Lorsque la proie n’est pas à la hauteur, parce que trop naïve, trop militante ou trop vaniteuse, le porte-voix de la France réactionnaire gagne toujours.  Y compris contre des gens, a priori sensés, style Cali, Weber ou Attali.

Normal. Déstabiliser le complice de Nolo n’est pas à la portée du premier venu. L’homme est  cultivé  (d’un point de vue scolaire), plutôt adroit avec le verbe, travailleur et profondément convaincu par ses énormités délétères. Pour le coller minus, il est indispensable de respecter quelques règles majeures :

  1. Le mépriser en simulant l’inverse (flatterie)
  2. Se positionner en homme/femme de dialogue (fausse modestie)
  3. Entendre la critique (ouverture d’esprit)
  4. Glisser quelques tacles aux moments les plus opportuns (tactique)
  5. Rester sur le plateau (stoïcisme)
  6. Revenir à la charge (témérité)
  7. Ne pas hurler (sérénité)
  8. Séduire les invités (charisme)
  9. Monter en puissance (fermeté)
  10. Se foutre carrément de sa gueule (grandeur)

 Pour résumer, il faut laisser Zemmour se noyer tout seul (flegme). Ce qu’a réussi sur toute la ligne Benchetrit. Encore bravo.


Grosse fatigue
 

Peut-être comprends-tu mieux maintenant pourquoi n’ai-je aucune envie de te pondre le papier promis sur Libé et son idiot en chef, Laurent Mouchard (Joffrin est un pseudo). A quoi bon ? J’ai passé une semaine à lire la pseudo nouvelle formule du quotidien (hors dimanche et jours fériés) d’Edouard Rothschild (banquier et cavalier de haut-niveau).

Que t’écrire ? Que cette démarche m’a coûté six fois 1euro30, une rechute au Prozac et une lassitude pesante ? Pas la peine, je pense que tu l’auras évidemment deviné. Les quelques commentaires que j’ai reçus sur ma boîte mèl sont assez édifiants. « J’ai acheté Libé ce week-end et je ne vois pas trop la différence » constate par exemple l’un d’entre toi.

Il n’y a malheureusement pas grand chose d’autre à ajouter. Dommage pour la presse, pour toi et pour moi. Libé, sans le soutien de son argentier, ne serait probablement plus dans les kiosques aujourd’hui. Le journal où sévissaient des talents comme Pacadis, Homeric, Garnier, Haski, Aubenas et quelques autres est devenu un authentique non-événement permanant. Il va falloir s’y faire. Quelle conne je suis.

                                                                                                                                                                 Laure Cazal 

Par laure cazal
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